
Parure
Il arrive parfois que la peau se fende, écartelée entre ce qui devrait être et ce qui est réellement. Et c’est une grande douleur de se sentir déchiré. De se penser comme un fragment d’Homme, un Homme mutilé. Le corps se fait alors inquiétant.
La parure est chose fabriquée, avec les mains, avec le corps tout entier. Elle arrive de manière spontanée, sans intellectualisation et c’est un immense feu, comme l’ivresse sans le rhum. Sa force se loge dans sa singularité. A l’intérieur, il y a tous nos désir. Je ne suis sûre de rien, mais je ne crois pas que l’objet en lui même soit très important. Sa charge est dans ce qu’il fait vivre à l’intérieur, dans les énergies étranges qu’il met en branle. Une puissance l’anime, c’est certain, mais elle n’est pas facilement exprimable. Elle est peut-être bien le symbole de notre force vitale.
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La parure doit faire partie intégrante de l’être en mouvement. La moindre transformation sur le corps entraîne un bouleversement des perceptions. Un dérèglement de l’image mentale que l’on a de nos corps. En portant la parure, on la porte en nous. Elle nous complète et tisse un lien nouveau entre nos corps et le monde. Elle s’incarne.
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Le corps ne sait pas mentir. Mais déchiffrer l’épiderme, ce n’est pas simple : il faut éprouver la peau, couche après couche et dans toute sa puissance. La peau, la limite du soi, la frontière entre le dedans et le dehors. Une peau poreuse et organique, ouverte sur le monde, comme une mémoire vive. La parure est ce qui s’ajoute à cette peau, qui la transforme, la poursuit.
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Notre monde a voulu détacher notre corps de notre esprit. Le corps serait une entrave pour l’âme qui souhaite s’élever vers un monde fait de pensée et d’abstraction. C’est une vision mécaniste de la chair qui, sans l’esprit, serait une chose inerte dont les morceaux abimés pourraient être simplement remplacés. Pourtant, tout est lié. Notre personnalité prend racine dans notre anatomie. Le corps est bien ce qui nous lie au monde. Toute fissure dans cette relation provoque un malaise, un pourrissement de notre intégrité. Et souvent, un dégoût de notre propre corps.
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C’est que l’on nous voudrait tellement lisse, tellement semblable. Personne n’est lisse, nous sommes tous tordus, inégaux, accidentés, âpres et rugueux. Ce qu’il faudrait, c’est réussir à vivre notre corps, vivre notre peau.
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PARURE est un moment poétique, musical et vivant imaginé et joué par Fontencomble. La performance est en perpétuelle évolution. Elle se métamorphose au grès des créations plastiques. Elle s’adapte aux lieux qui sont investis et aux oeuvres qui les habitent..
Les parures portées pour cette performance ainsi que les textes sont l’œuvre de Fontencomble.
La bande sonore est une création originale de Jérôme Rodriguez.
La performance Parure a été présentée pour la première fois en octobre 2023 sur le Salon Figuration Critique (Paris 11ème).


